Sortie photo – Photographier le flou artistique

Sortie photo – Photographier le flou artistique

Nombre de photographes se lamentent de leurs photos floues. Conditionnés pour obtenir une certaine esthétique dans nos clichés, la notion de netteté devient souvent gageure de leur réussite et leur beauté. Pourtant, la tendance floue peut très vite devenir un plus dans un portfolio ou dans une recherche personnelle photographique. Il va de soit, tout flou n’est pas, par essence, artistique. Pour passer le cap d’une photo ratée à une photo floue qui transcende, interroge, dérange, il convient de maîtriser son boîtier et donc maîtriser son flou.

1. Flou de bougé
Le flou de bougé est le plus connu et le plus redouté quand il n’est pas apprivoisé. Et pourtant, bien maîtrisé le flou de bougé permet de développer son sens artistique et aiguise le regard photographique. Tout type d’objectif ou d’appareil peut convenir à partir du moment où il est possible de définir manuellement les vitesses. Le principe de base est simple, combiner une vitesse lente à un mouvement de l’appareil : vertical – horizontal – en diagonale – en courbe. La finalité doit être un flou prononcé qui peut aller de l’abstrait total à la suggestion explicite du sujet photographié.

2. Flou de zoom ou zooming
Avoir le sentiment de se retrouver dans une cabine de téléportation, tel est le rendu zooming. Pour effectuer un effet de zoom il est indispensable de posséder, comme son nom l’indique, un zoom et un appareil qui permet de régler la vitesse. À main levée (plus difficile mais tout à fait faisable) ou sur un trépied, l’exercice consiste à définir une vitesse basse (en général des vitesses inférieures à 1/15s). Après avoir déclenché pour prendre la photo, il conviendra de tourner, plus ou moins rapidement, la bague de zoom vers la gauche ou la droite selon que l’on est en grande ou petite focale. Pour que la photo soit réussie, le sujet doit comporter une zone de netteté. Si le sujet photographié est en mouvement celui-ci doit obligatoirement se diriger vers le photographe (dans ce cas là, un coup de flash peut aider également à figer le mouvement).

3. Flou de filé
Le flou de filé permet de recréer dans une prise de vue statique la sensation du mouvement d’un sujet en déplacement. Les exemples les plus parlants sont ceux des motos ou voitures nettes alors que les fonds ressemblent à des stries / filés. Ici aussi il faut posséder un appareil qui permet de régler la vitesse. L’objectif peut être fixe ou un zoom. En règle générale se sont des longues focales qui sont utilisées mais cela marche aussi avec des grands angles. Selon la méthode choisie, l’objectif ou l’appareil doivent permettre la mise au point manuelle. Enfin, en cas de longues séances un monopode s’avèrera salvateur pour vos biceps.
Comment procéder ? Deux méthodes sont possibles :
Soit faire la mise au point au niveau du passage de votre sujet et choisir une profondeur de champ importante f8 – f13 (en réglant la sensibilité iso en fonction). Une fois fait, il faudra mettre l’objectif en mise au point manuelle.
Soit choisir un suivi AF prédictif si votre boîtier le permet qui permettra à vos collimateurs de suivre en continu le sujet.
Une fois l’une ou l’autre méthode choisie, vous devrez vous placer parallèlement à l’endroit du passage de votre sujet. L’appareil photo réglé en vitesse lente, il vous faudra effectuer une rotation latérale du bassin sans bouger les jambes tout en suivant le sujet dans le viseur pendant le déplacement. Attention à ne pas bouger verticalement.
Une seule règle, la pratique, il faut multiplier les essais pour arriver à déterminer la bonne vitesse pour chaque sujet photographié. Il faut toutefois retenir que plus le sujet sera lent plus la vitesse choisie le sera. Inversement, plus le sujet sera rapide plus la vitesse le sera (sans toutefois attendre des sommets !).

4. Flou de mouvement
C’est ici le contraire du flou de filé. Le sujet principal est flou car il a bougé et le reste de la photo est nette. L’appareil photo est donc réglé en priorité vitesse. Comme les temps de pose doivent être longs ce type de photo se fait le plus souvent avec un trépied (ou tout support pour poser l’appareil). C’est le cas type des photos en poses très longues avec des filés d’eau réalisés grâce à l’adjonction d’un filtre gris. Citons également les photos de passants en mouvement dans la rue qui illustrent très bien cette technique.

5. Flou de mise au point
Il ne s’agit pas ici de travailler sur un mouvement mais plutôt de créer artificiellement le flou. Il faut pour cela être équipé d’un appareil permettant de changer manuellement la mise au point. En mode de mise au point manuelle il vous suffira de tourner la bague pour flouter la scène avec le dosage qui vous conviendra le mieux. La difficulté étant ici de créer un flou assez marqué pour ne pas donner l’impression d’une photo ratée sans pour autant rendre la scène tellement floue que rien n’en sera reconnaissable.

6. Flou de profondeur de champ
Tout photographe se doit de savoir maîtriser sa profondeur de champ et le flou (bokeh) qui en découle. Dans ce cas c’est l’ouverture du diaphragme qui doit pouvoir être réglée sur votre appareil photo (A ou AV selon les marques). En pratique, plus la valeur (f) sera petite, plus la zone de netteté sera faible par rapport à la zone de mise au point. On parle alors de grande ouverture (petit chiffre) pour faible profondeur de champ (flou important).

Comme pour une photo nette, les photos floues demandent, pour être réussies, de réfléchir à son cadre, à son environnement. Le flou pour le flou ne peut se suffire et doit donner du sens à la composition et au message que l’on veut faire passer. Attention également, selon la technique de flou utilisée, il vous faudra désactiver les stabilisateurs optiques ou boîtier. Et quoi qu’il en soit, faites et refaites des photos, multipliez les essais, notez vos erreurs et vos bons réglages. Allez également voir des photographes spécialistes du genre : Sarah Moon, Mickael Ackermann, les photographes sportifs, les photographes du collectif tendance floue etc. Maintenant à vous de vous amuser à dépasser les limites de la netteté.

En guise d’illustration, n’hésitez pas à visiter cette galerie photos.

8 Comments

  1. Un grand merci à Nadège pour cet article, il est top 😉

    Emir

  2. Super article. Encore de belles sorties à thème en perspective.
    Il se trouve ou l’escalier…

    @+

    • Merci Lionel ! C’est à Rome, enfin plus exactement au Vatican, l’escalier hélicoïdal le plus photographié au monde je pense ^_^

  3. Anne-Sophie

    Merci pour cet article très complet et très bien expliqué 🙂 Je vais pouvoir travailler ces idées là sur mes prochaines sorties photos 🙂
    A bientôt

  4. Merci pour vos commentaires et Emir pour la mise en ligne 😀

  5. Article très intéressant; merci

  6. Comme quoi de bonnes explications simples valent mieux que des pavés indigestes…maintenant je me régale!

    Un grand merci!

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